La pluie, d’abord. Le soleil, ensuite. Il fallait du cran pour s’aligner au départ de l’Etape du Tour qui reliait Albertville à La Toussuire. A l’aube, les cyclos étaient pourtant ponctuels. Ambiance sérieuse dans les sas : personne ne songe à plaisanter lorsque le programme du jour propose successivement la Madeleine, le Glandon, la Croix de Fer, le Mollard avant l’ascension terminale vers La Toussuire.
A chaque concurrent sa tactique de course, ses qualités propres et ses rêves secrets. Dans les pelotons qui se forment dans la plaine, certains s’improvisent chefs de meute. Mais dès les premiers lacets de la Madeleine, les groupent explosent façon puzzle. Le départ a été donné depuis moins d’une heure. Mais désormais, c’est (déjà) chacun pour soi.
La Tarentaise est encore sous les nuages mais c’est le soleil qui attend les coureurs dans les derniers lacets de la Madeleine. Décor majestueux. Altitude 2000m. Au passage de la première difficulté de la journée, certains prennent le temps de sortir leur téléphone portable pour prendre une photo. Dans la descente très roulante qui mène au pied du Glandon, des groupes dévalent à plus de 80km/h. Premier ravitaillement dès le bas du col. L’heure est déjà au premier bilan. Et le Glandon approche…
Ce col, classé Hors Catégorie (comme la Madeleine), est le vrai plat de résistance de cette étape. Particulièrement les cinq derniers kilomètres aux pourcentages à deux chiffres. Le décor est sublime. Les concurrents en profitent-ils ? Sans doute. Un troupeau se désaltère au cœur même d’un torrent. Toute la Savoie des alpages s’offre aux regards. Et la traversée des villages est toujours un moment rare de convivialité et de bonne humeur.
Ceux qui en ont fini avec le Glandon sont marqués. L’effort a été majuscule. Les cyclos descendent quelques hectomètres avant de rallier le sommet de la Croix de Fer. Nouveau ravitaillement. Les gestes sont moins empressés. Il s’agit désormais de gérer, de ne commettre aucune erreur au niveau de l’alimentation. Subitement, une fois les bidons remplis, la descente vertigineuse reprend. Les trajectoires sont impeccables. Aucune prise de risque inutile. Au terme d’une boucle à droite, la route s’élève à nouveau.
C’est le Mollard. A peine plus de six kilomètres. Mais les efforts déjà consentis ont marqué les organismes. Et la chaleur est désormais un nouvel élément à prendre en compte. Les bidons se vident plus vite. Quelques hectomètres avant le sommet, une cornemuse semble rendre hommage aux milliers de Britanniques présents dans le peloton. Les encouragements se font plus convaincus. Comme si l’importance de l’effort s’imposait à tous les témoins de cette étape.
Reste La Toussuire. Tout sauf une bagatelle. Près de 18km avec des rampes à 9% sous le cagnard. Silence total. Chaque coureur est dans son effort. Seul. Certains mettent pied à terre. D’autres prennent le temps de s’allonger dans un coin ombragé. Les derniers kilomètres sont monumentaux. L’étape se termine mais les visages marqués peinent à esquisser un sourire. Dernière ligne droite. Après avoir reçu leur médaille, les finishers de l’Etape du Tour se retrouvent sous la vaste tente de ravitaillement. Là, les bénévoles – admirables tout au long de la journée – s’affairent pour les aider à se restaurer. Un peu plus loin, les concurrents les plus fourbus s’allongent dans l’herbe. Et sourient enfin. Quelle aventure !